Sénatoriales : dimanche, la moitié du Sénat se renouvelle, avril 2027 en tête

Quelque 93 500 grands électeurs élisent dimanche 178 des 348 sénateurs. Nul suspense sur la majorité, qui restera à la droite et au centre, ni sur le Plateau, que Gérard Larcher brigue pour la sixième fois. Tout se joue aux marges. Le Rassemblement national veut franchir la barre des dix élus pour fonder son premier groupe, les centristes espèrent doubler les socialistes, et la droite, amaigrie mais toujours première, se voit déjà en garant de stabilité pour l’après-Macron.

Pas d’affiches sur les panneaux, pas de soirée spéciale à 20 heures, pas de citoyens dans l’isoloir — ou si peu. Dimanche 27 septembre, ce sont 93 469 grands électeurs, dont 95,2 % de délégués des conseils municipaux, qui feront le Sénat, de 8 h 30 à 17 h 30 dans les préfectures. Le scrutin concerne 63 circonscriptions, Île-de-France exceptée, plus l’outre-mer et six sièges des Français de l’étranger. 1 681 candidats sont en lice selon le décompte provisoire du ministère de l’Intérieur, 189 de moins qu’en 2020, et 46 % d’entre eux sont des femmes.

La mécanique est feutrée, presque notariale. Et pourtant, ce renouvellement se lit d’abord à l’aune d’avril 2027. Les municipales de mars ont redessiné le corps électoral, la présidentielle se profile à sept mois, et le Palais du Luxembourg, qui aime se décrire comme la chambre des territoires, se prépare surtout à devenir la chambre du contre-pouvoir. Aucun sondage n’étant possible sur un tel scrutin, les projections de sièges citées ici sont celles que les groupes ont livrées à Public Sénat, et les effectifs ceux que la chaîne recensait au 11 septembre.

Dix, le chiffre qui obsède le RN

Le premier enjeu tient en un nombre. Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella ne compte que trois sénateurs et vise le seuil des dix élus, nécessaire pour constituer un groupe — avec le renfort de l’UDR d’Éric Ciotti, son allié. Un groupe, c’est du temps de parole en séance, un droit de tirage sur les commissions d’enquête et des moyens supplémentaires ; c’est aussi, à l’approche d’avril, un brevet de respectabilité institutionnelle qui lui a toujours manqué.

Le mot d’ordre date d’un an, confiait un député RN à Public Sénat en septembre 2025. Depuis, le RN a musclé sa stratégie et envoie des députés au front, à l’image d’Edwige Diaz en Gironde : les grands électeurs RN n’y suffisent pas, en théorie, pour décrocher un siège, et la députée mise sur sa notoriété auprès des maires ruraux. Dans la Sarthe, Marie-Caroline Le Pen, sœur aînée de la cheffe du parti, conduit une liste où figure Virginie de Gaulle, arrière-petite-nièce du général, mais le RN n’y part pas favori, selon Public Sénat. « On cible la ruralité et les maires sans étiquette », résume Ludovic Pajot, directeur de campagne du RN pour ces sénatoriales, à franceinfo, le 21 septembre.

Tout repose sur ce que le mouvement appelle pudiquement le vote caché : celui de grands électeurs qui, sans étiquette, glissent un bulletin frontiste — c’est ainsi qu’Aymeric Durox avait été élu par surprise en Seine-et-Marne en 2023. Un parlementaire RN anticipait avant l’été entre neuf et treize sièges ; « c’est possible mais ça va se jouer à pas grand-chose », reconnaît aujourd’hui un sénateur du parti auprès de franceinfo. L’échec à un ou deux sièges du seuil reste une hypothèse sérieuse.

La droite, toujours première, mais moins seule

Avec 131 membres, dont 77 remis en jeu, le groupe LR restera le premier du Sénat. Il perdra des sièges, toutes les projections l’annoncent ; la question est combien. En début d’année, Roger Karoutchi, patron des investitures, redoutait une saignée de neuf ou dix élus ; fin mars, après des municipales où la droite a tenu les villes moyennes, il ramenait l’estimation à trois ou cinq. Les dernières projections évoquent plutôt une perte de trois à dix sièges — un écart qui mesure moins l’incertitude du scrutin que celle des états-majors. Bruno Retailleau lui-même, président du parti et candidat déclaré à la présidentielle, remet son siège de Vendée en jeu dimanche, à la tête d’une liste d’alliance avec l’UDI et Horizons.

Ces pertes tiennent d’abord aux urnes de mars : Nice est passée à l’UDR d’Éric Ciotti, Menton au RN et Nîmes à la gauche, quand Toulon a résisté. Elles tiennent ensuite, comme à chaque cru, à la division. Dans le Rhône, dix listes sont en lice, dont six à droite et au centre : une seule sous l’étiquette LR, trois classées divers droite — parmi elles, celle de Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard — et deux divers centre, selon les nuances attribuées par le ministère de l’Intérieur. Dans les Bouches-du-Rhône, la sénatrice sortante Valérie Boyer fait cavalier seul, avec une seconde dissidence, face à la liste d’union UDI-Renaissance-LR bâtie par Renaud Muselier. Bruno Retailleau l’a adoubée ; Gérard Larcher soutient la liste d’union. Le président du parti et le président du Sénat ne défendent donc pas la même liste : la droite a le sens de la mise en scène. « La division, c’est toujours un poison », a déploré Gérard Larcher auprès de Var-Matin, lors d’un déplacement dans le Var, dans des propos repris par l’AFP le 11 septembre.

Derrière ces querelles départementales se joue l’équilibre interne de la majorité sénatoriale. L’Union centriste d’Hervé Marseille, 59 membres, talonne le groupe socialiste et ses 64 élus, et pourrait devenir le deuxième groupe du Sénat — d’autant que, note franceinfo, des dissidents de droite élus dimanche pourraient rejoindre les rangs centristes. Si la gauche et LR perdent des sièges, « mécaniquement, ça donne plus de présence au groupe central », espère Hervé Marseille, qui préside aussi l’UDI, auprès de Public Sénat, le 11 septembre. Un basculement qui pèserait sur la répartition des présidences de commission avec LR, et pourrait pousser la droite à élargir sa majorité aux Indépendants de Claude Malhuret, groupe à dominante Horizons qui espère lui-même gagner des sièges. Le groupe macroniste RDPI, endeuillé par la mort de son président François Patriat en août, devra quant à lui trouver sa place au moment où le chef de l’État s’apprête à quitter l’Élysée.

À gauche, la ligne des 60

Deuxième groupe du Sénat, le PS remet 31 de ses 64 sièges en jeu. En avril, son président Patrick Kanner tablait sur la stabilité, avec un scénario noir à moins cinq. L’enjeu n’est pas que d’orgueil : à 60 sénateurs, le groupe peut saisir seul le Conseil constitutionnel. En dessous, il lui faudra des alliés.

L’accord avec les Écologistes a manqué de voler en éclats à la dernière minute, selon Public Sénat, quand les socialistes de Seine-Maritime, autour du maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, ont rechigné à céder la deuxième place promise aux Verts ; ceux-ci menaçaient en retour d’écarter la socialiste Hélène Geoffroy, ex-maire de Vaulx-en-Velin, de la deuxième place de la liste commune du Rhône. Les listes communes ont finalement été déposées — non sans qu’un dissident écologiste, Bruno Bernard, ex-président de la Métropole de Lyon, dépose la sienne dans le Rhône — et les Écologistes, dont le président de groupe Guillaume Gontard chiffre la casse redoutée à deux ou trois sièges après la chute de Bordeaux et de Strasbourg, comptent sur la Seine-Maritime, la Savoie et la Haute-Garonne pour compenser. Les communistes, avec quatre sortants sur dix-huit, affichent leur sérénité.

Le scrutin de dimanche en prépare un second. À peine le 27 septembre passé, Patrick Kanner, à la tête du groupe depuis huit ans, devrait affronter Rachid Temal, sénateur du Val-d’Oise, qui a annoncé briguer la présidence du groupe, tandis que Michaël Weber, élu de Moselle, n’excluait pas avant l’été, auprès de Public Sénat, de se lancer lui aussi.

Larcher, gardien du temple

Le sortant, lui, n’a pas de concurrent sérieux : en 2023, les présidents des groupes socialiste, écologiste et communiste avaient présenté des candidatures de témoignage. Dans un courrier aux sénateurs LR daté du 21 septembre, que Public Sénat a pu consulter, Gérard Larcher — sous simple en-tête de sénateur des Yvelines, et non de président du Sénat — écrit : « Le 1er octobre prochain, je solliciterai votre confiance pour présider notre institution ». Il serait ainsi élu pour la sixième fois, après 2008, 2014, 2017, 2020 et 2023 — seule parenthèse, celle de Jean-Pierre Bel (PS), de 2011 à 2014. Son projet pour les trois ans à venir, intitulé « le Sénat, acteur de la vie politique française », fait de la fonction de contre-pouvoir son quatrième axe.

La formule n’est pas de pure rhétorique. Dans les couloirs du Palais, des élus LR confient à Public Sénat imaginer déjà, en cas de victoire de l’extrême droite à la présidentielle, un Sénat garant de stabilité face à une « rupture politique », et rappellent que toute révision constitutionnelle passe par lui.

L’arrière-plan est budgétaire autant que politique. Le 17 septembre, dans un entretien au Figaro, Sébastien Lecornu a annoncé un effort d’environ 54 milliards d’euros pour 2027 et un budget de l’État gelé en valeur, hors charge de la dette et dépenses de défense ; le projet de loi de finances doit être présenté en Conseil des ministres dans les jours qui suivront le scrutin. Les élus municipaux forment l’essentiel du corps électoral de dimanche, et leur association ne s’y trompe pas : « On nous présentera la facture après les sénatoriales », a prédit André Laignel, premier vice-président délégué de l’Association des maires de France, aux côtés de son président David Lisnard, lors de la conférence de presse de rentrée de l’AMF, le 22 septembre.

Dimanche soir, on saura si le RN s’approche des dix sièges — la constitution des groupes, elle, se négocie dans les jours suivants — et si les centristes ont dépassé le PS. Le 1er octobre, Gérard Larcher devrait être réélu. Puis viendront le budget, l’hiver, et avril. Le Sénat, chambre lente par construction, n’a jamais autant compté sur sa lenteur.

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