Crise des carburants : à l’Élysée, Emmanuel Macron parle d’Ormuz quand le pays parle de la pompe

En réunissant les chefs de parti autour des patrons du renseignement, le chef de l’État a obtenu l’union sur la menace. Pas sur la facture.

Vendredi 18 septembre, le chef de l’État a réuni les chefs de parti pour évoquer ce que l’Élysée avait qualifié la veille de « dégradation rapide » de la situation internationale, puis s’est exprimé devant la presse. À un mois d’un appel à manifester né sur TikTok sous la bannière des gilets jaunes, une question s’impose : s’agit-il d’une dramatisation calculée, destinée à faire rentrer la colère sociale dans le rang ? L’hypothèse mérite d’être prise au sérieux. Elle n’explique pourtant qu’une partie de ce qui s’est joué ce vendredi à l’Élysée.

Il y a un réflexe que partagent presque tous les dirigeants démocratiques en période de tension : quand le front intérieur se fissure, ils élargissent le cadre. Ils parlent du monde, des détroits, des alliances, des menaces. Ce n’est pas toujours de la manipulation. Mais ce n’est jamais tout à fait innocent non plus. La séquence élyséenne de ce vendredi illustre parfaitement cette ambiguïté.

Ce qui s’est passé

Considérons d’abord les faits. L’Élysée avait laissé chaque parti libre d’envoyer son chef ou son candidat. Presque toute la course à 2027 tenait dans une seule pièce : « Vega », la nouvelle salle de crise de la présidence, selon l’AFP. Autour de la table se trouvaient Gabriel Attal, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Fabien Roussel et Marine Tondelier. Jordan Bardella représentait Marine Le Pen, en déplacement, et Manuel Bompard, Jean-Luc Mélenchon ; Éric Ciotti et François Bayrou complétaient le tour de table.

En face d’eux, en présence du Premier ministre, Sébastien Lecornu, siégeait l’appareil sécuritaire de l’État au grand complet : le directeur général de la Sécurité extérieure, la directrice générale de la Sécurité intérieure, le directeur du Renseignement militaire et le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale. Le directeur général de l’Énergie s’était joint à eux.

Convoquée à 10 h 30, la réunion s’est prolongée jusqu’au début de l’après-midi. Au sortir de ce long huis clos consacré à la situation géopolitique et à la flambée des carburants, le président a tenu une ligne claire. « La situation que nous traversons est grave », a-t-il reconnu devant la presse, avant d’en situer aussitôt l’origine hors des frontières : « Cette situation, elle est due intégralement aux guerres et à la situation internationale. »

Son propos s’est organisé autour de deux crises. La première est russe. Selon le président, la menace hybride contre les Européens s’est intensifiée depuis l’été. Il a cité la tentative d’attentat de Leipzig, attribuée selon lui par les services allemands au renseignement militaire russe, ainsi que les incursions de drones dans l’espace aérien de plusieurs pays européens. À la demande de l’exécutif, le ministre de l’Intérieur a réuni la veille les préfets de zone pour rehausser la vigilance. Le gouvernement doit en outre préparer un plan de protection des infrastructures critiques et des sites les plus sensibles de l’industrie de défense contre les drones et les cyberattaques.

La seconde crise est énergétique. Le détroit d’Ormuz, a rappelé le président, « reste quasiment bloqué ». Selon lui, la voie de contournement ouverte par l’oléoduc saoudien débouchant à Yanbu, sur la mer Rouge, a vu ses volumes chuter après des attaques houthies. « Cette guerre, la France ne l’a pas choisie. Elle n’y a d’ailleurs pas participé », a-t-il insisté, en désignant les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran comme point de départ. La liste des actions annoncées est longue. Une mission internationale d’escorte des navires est prête à intervenir dès qu’un accord permettra de rouvrir le détroit, accord qu’il juge lui-même « peu probable » à court terme entre l’Iran et les États-Unis. Un accord d’approvisionnement a été signé avec l’Irak ; des discussions sont menées avec l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats et le Nigeria ; une rencontre avec le Premier ministre canadien, Mark Carney, est prévue dimanche à Saint-Pierre-et-Miquelon. Priorité est donnée au diesel, au kérosène et au gaz, avec des stocks de gaz qui doivent atteindre 80 % cet hiver, conformément aux critères européens. Au titre de la présidence française du G7, une réunion du G7 consacrée à l’énergie doit coordonner les stocks et envisager, avec l’Agence internationale de l’énergie, de nouvelles libérations de réserves stratégiques. La Commission européenne est saisie pour accélérer le stockage de gaz, les capacités de raffinage et le recours aux biocarburants. Enfin, un séminaire gouvernemental se tiendra lundi.

Un choc bien réel

La crise, elle, n’est pas une fiction de communicant. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran fin février 2026, le gazole a renchéri de près de 40 % : il valait environ 1,72 euro le litre le 27 février, selon l’Agence Radio France, et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par où transitait avant la guerre l’équivalent d’un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et du commerce de GNL, selon l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), en est une cause majeure. Ce vendredi, selon une moyenne calculée par l’AFP à partir des données gouvernementales, le litre de gazole a franchi 2,39 euros, un record absolu ; le SP95-E10 se maintient au-dessus de son record de 2022 depuis plus de dix jours.

La colère, elle aussi, est tangible. Depuis lundi, les pêcheurs de Méditerranée enchaînent les actions. Jeudi encore, entre 150 et 200 d’entre eux, selon la police citée par l’AFP, ont bloqué avant l’aube le dépôt pétrolier de Frontignan, dans l’Hérault, tandis que leurs bateaux fermaient les ports de Sète et de Nice. Ils n’ont levé les barrages de Frontignan et de Nice qu’à la mi-journée, le temps d’être reçus à Paris par la ministre de la Pêche, Catherine Chabaud. Et sur les réseaux sociaux, une date circule : les appels à manifester le samedi 17 octobre se multiplient sur TikTok sous le mot-clé « gilets jaunes 2026 ».

L’hypothèse de la peur utile

C’est dans ce contexte que prend corps le soupçon. Il repose sur trois éléments sérieux.

Le premier est le calendrier. Réunir l’ensemble des forces politiques autour de chefs militaires et d’espions, c’est adopter la grammaire de l’union nationale, celle qui, en creux, fait passer toute contestation pour une irresponsabilité. Les politistes appellent cela l’effet de ralliement autour du drapeau : face à une menace extérieure, l’opinion tend à serrer les rangs derrière le pouvoir. Le registre employé sur la Russie ne dément pas cette lecture. « Le jour où on sera attaqué physiquement, on ne nous préviendra pas », a averti le président, en rappelant que « nul n’est à l’abri ».

Le deuxième est le cadrage. En attribuant la crise intégralement à l’extérieur, l’exécutif déplace la question de la responsabilité. Si le coupable s’appelle Ormuz, que reprocher à Matignon ? Le président a martelé cette idée à trois reprises au moins. La situation à la pompe, a-t-il dit, « n’est pas la conséquence de décisions gouvernementales. Elle est la conséquence de la situation géopolitique. Il faut avoir l’honnêteté de le rappeler. »

Le troisième tient à ce qui n’a pas été dit. À la sortie,  Jordan Bardella a affirmé que le président n’avait « apporté aucune réponse sur le pouvoir d’achat ou sur la question des taxes sur les carburants ». Fabien Roussel a fait le même constat : « Il n’y a pas de solution à court terme qui est envisagée par le président de la République. » Le message implicite ressemble alors moins à « nous agissons » qu’à « préparez-vous à tenir ».

Pourquoi l’explication est incomplète

La vérité, c’est que la lecture de la peur, aussi séduisante soit-elle, se heurte à plusieurs objections.

D’abord, l’Élysée ne découvre pas le problème ce vendredi. Dès mercredi, en Conseil des ministres, Emmanuel Macron avait exigé la totale mobilisation du gouvernement sur l’approvisionnement et la maîtrise des prix des carburants, selon la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. Le soir même, Matignon prolongeait jusqu’au 31 décembre les aides ciblées sur les carburants et relevait celle des pêcheurs de 25 à 35 centimes par litre. Un pouvoir qui n’aurait que la peur à vendre ne commencerait pas par rouvrir le carnet de chèques.

Ensuite, la menace que l’on prête au gouvernement de vouloir conjurer reste difficile à mesurer, et l’État lui-même semble hésiter sur son ampleur. Mardi, une source proche du dossier citée par l’AFP et rapportée par France 24 ne relevait encore « rien de probant ni de quantifiable » sur la capacité de mobilisation. Dans le même temps, des agents du renseignement territorial confiaient à Europe 1 redouter un nouveau mouvement de type Gilets jaunes, auquel pourraient cette fois se joindre certaines professions et des syndicats. Aucune manifestation n’avait pourtant été déclarée en préfecture. Étincelle ou feu de paille : les services eux-mêmes ne tranchent pas. Lors du lancement de la pétition appelant au 17 octobre, aucun syndicat ni parti n’avait annoncé son soutien.

Par ailleurs, la menace russe invoquée n’a rien d’un épouvantail. Le président s’est appuyé sur des faits établis : début septembre, le gouvernement allemand a officiellement imputé à la Russie la tentative d’attentat au drone piégé contre l’aéroport de Leipzig, ce que Moscou dément. Il a aussi repris à son compte les alertes lancées ces derniers jours par le Premier ministre polonais, Donald Tusk. Que ses adversaires les plus résolus en soient ressortis aussi inquiets que lui, on le verra, plaide pour la sincérité du diagnostic, sinon pour l’innocence de son usage.

Enfin, et surtout, l’histoire récente suggère que la peur de l’avenir démobilise mal. En 2018, une hausse de la taxe sur les carburants avait servi de détonateur, et près de 290 000 Français avaient investi les ronds-points le 17 novembre, selon le bilan révisé du ministère de l’Intérieur. Mais en quelques semaines, la taxe était passée au second plan : le mouvement avait très largement débordé la seule question du carburant. C’est une leçon qu’on aurait tort d’oublier : une colère ne cherche pas longtemps sa cause ; elle se trouve vite une cible. Et en invitant autour de la table des formations qui ont tout intérêt à capitaliser sur le mécontentement, l’Élysée s’offrait mal pour une opération de verrouillage.

Ce que le président a dit de la rue

Reste le moment le plus révélateur de la conférence. Interrogé par l’AFP sur le risque d’un mouvement de type Gilets jaunes, Emmanuel Macron n’a pas brandi la menace d’un désordre social. Il a fait quelque chose de plus subtil : il a exposé une théorie de l’utilité de la protestation. « Les mobilisations sociales sont toujours légitimes, mais elles sont efficaces lorsqu’elles ont un débouché qui est à la main du gouvernement », a-t-il expliqué. Lorsqu’elles visent des phénomènes qui ne résultent pas de l’action publique, elles « disent une souffrance, mais elles produisent moins une solution ». D’où la conclusion : « Restons unis, concentrés. »

Plus tôt, il avait eu cette phrase lourde de sous-entendus : « La France a parfois été en colère face à des décisions, prises par nous ou nos prédécesseurs, qui avaient eu vocation à monter les prix du carburant. J’en ai quelques souvenirs. » Nul besoin de nommer 2018. Le chef de l’État a lui-même tracé la frontière qu’il veut voir respectée : la colère de 2018 visait une décision de Paris, celle de 2026 viserait un détroit.

Ce n’est donc pas exactement une stratégie de la peur. C’est une stratégie de la causalité. Le raisonnement est logique, et il a le mérite de la franchise. Il comporte pourtant un risque politique considérable : dire à des citoyens en colère que leur colère n’a pas d’adresse.

L’union nationale s’arrête à la pompe

Si l’objectif était de ressouder le pays autour de la menace, il faut juger l’opération à ses résultats. Les déclarations des participants à la sortie de l’Élysée, rapportées notamment par BFMTV, Le Monde et Public Sénat, dessinent un bilan curieusement contrasté.

Sur la sécurité, le message est passé, et au-delà de toutes les lignes partisanes. Édouard Philippe a jugé la démarche utile et estimé que le niveau de menace pesant sur la France s’élevait : le pays doit, selon lui, se préparer à une éventuelle escalade, sans pour autant entrer en belligérance avec la Russie. Marine Tondelier, que presque tout sépare de lui, a tenu un propos voisin : « Il y a vraiment des raisons d’être très inquiets. » Elle y a ajouté un argument qui éclaire tout le reste : Moscou observe les réactions des forces politiques françaises, et ses tentatives de déstabilisation visent aussi la solidité du débat démocratique. Fabien Roussel a qualifié la situation de « préoccupante », et même de « très grave ». Raphaël Glucksmann a rapporté à Public Sénat que l’expression de « terrorisme d’État » avait été prononcée dans la salle. De La France insoumise au Rassemblement national, le diagnostic a été partagé : Manuel Bompard a dit à Public Sénat ne pas ressortir « moins inquiet » de la réunion, et Éric Ciotti y a trouvé « la confirmation que la crise va s’aggraver ».

Sur le pouvoir d’achat, en revanche, aucune union. Chacune des formations qui se sont exprimées sur le sujet est repartie avec sa facture et sa solution. Jordan Bardella et Éric Ciotti réclament une baisse de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 % et l’annulation des hausses de taxes de 2018 ; le président du RN évalue lui-même le gain à une vingtaine d’euros par plein de quarante litres. Éric Ciotti a dénoncé un « racket fiscal ». Bruno Retailleau a proposé de suspendre les certificats d’économies d’énergie et de réviser le barème kilométrique de l’impôt sur le revenu. Olivier Faure veut des aides « automatiques », vraisemblablement doublées. Manuel Bompard, pour La France insoumise, dénonce une « urgence sociale » restée sans nouvelles annonces et réclame un blocage des prix de première nécessité. Marine Tondelier plaide pour une contribution sur les plus grosses successions afin de financer la transition. Fabien Roussel, lui, interroge la stratégie diplomatique : quelle initiative la France, membre permanent du Conseil de sécurité, compte-t-elle prendre pour hâter la fin des guerres ?

Divisées sur les remèdes, les oppositions se rejoignent pourtant sur un point. Dès le 11 septembre, Fabien Roussel réclamait sur France 2, selon l’AFP, la suppression des certificats d’économies d’énergie et une TVA ramenée à 5,5 % sur les carburants, les deux mesures que défendent aujourd’hui Bruno Retailleau et Jordan Bardella. Il y ajoutait un ultimatum : faute d’action du gouvernement dans les prochains jours, il appellerait les Français à se mobiliser sur les ronds-points, « comme nous avons su le faire en 2018 avec les gilets jaunes ». Aucune union autour de l’exécutif, donc, mais une convergence contre lui.

Deux détails en disent plus long que les programmes. Édouard Philippe a confié avoir été frappé par le ton du président. Bruno Retailleau, lui, a confié à Public Sénat n’avoir « rien appris de très précis ». Ce qui a marqué les participants n’est donc pas l’information, c’est le ton. On peut y voir la marque d’une opération de communication. On peut tout autant y voir celle d’un briefing de crise réussi : le propre d’une alerte est de faire changer de registre ceux qui l’écoutent.

Le point décisif est ailleurs. L’opposition a refusé précisément ce que l’hypothèse de la peur prête à l’Élysée : convertir l’inquiétude géopolitique en résignation domestique. À l’affirmation présidentielle selon laquelle la flambée « n’est pas la conséquence de décisions gouvernementales », le RN et Éric Ciotti répondent que les taxes, elles, en sont une. Au discours de l’endurance, Bruno Retailleau oppose un « On ne peut pas tout subir » qui sonne comme une réplique. Olivier Faure, enfin, a mis en garde contre la tentation de laisser la peur dicter l’action publique. Consensus sur le diagnostic, dissensus sur l’addition : c’est tout le paradoxe de cette journée.

Le vrai problème : le fossé entre le diagnostic et le remède

Le plus révélateur, finalement, n’est pas ce que le président a voulu provoquer, mais l’écart qu’il a laissé voir. D’un côté, un diagnostic géopolitique sophistiqué, avec détroits, G7 de l’énergie et guerre hybride. De l’autre, une réponse domestique que ses interlocuteurs jugent, presque unanimement, insuffisante. « Aucune mesure concrète, aucune décision n’a été opposée en face », a résumé Éric Ciotti, resté, dit-il, « sur sa faim ». Olivier Faure en tire une conclusion plus structurelle : « Cette situation-là est appelée à durer. » Une crise longue appelle, selon lui, des aides versées directement et un débat budgétaire qui change d’échelle.

Le président a répondu sans détour à ces demandes. À ceux qui réclament de bloquer les prix ou de dépenser davantage, il a opposé leur incohérence : « Ce sont les mêmes qui, il y a quinze jours, nous disaient : “Vous avez beaucoup trop fait de manière irresponsable ces dernières années” ». Chaque euro dépensé, a-t-il rappelé, « se traduira soit en déficit accru, soit en impôts ». Les mesures d’accompagnement ne viendront qu’une fois « tous ces leviers » activés. Il a mis en avant l’existant, en premier lieu la mesure dite « gros rouleurs », qui concerne environ trois millions de Français, et les plans destinés aux pêcheurs et aux agriculteurs, qui seront évalués et, si nécessaire, adaptés.

Puis il a eu cet aveu, rare dans la bouche d’un chef d’État : « On n’a pas la totalité du problème en main, parce que ce n’est pas nous qui détenons la clé d’Ormuz. » Il répondait à une journaliste du Parisien, qui lui avait fait observer qu’à l’écouter, on ressentait « un grand sentiment d’impuissance, notamment pour le quotidien des Français », et qui lui demandait s’il restait de l’espoir. Le président a d’abord contesté le constat, « C’est l’inverse qu’il faut comprendre », en énumérant escortes, approvisionnements et flexibilités européennes, avant de concéder cette limite. La réponse était honnête. Elle ne dissipait pas pour autant le sentiment que la question avait nommé.

S’ajoute une donnée politique singulière : en pleine campagne pour le scrutin du printemps, le président sortant ne peut pas se représenter. Emmanuel Macron n’a donc plus d’élection à protéger pour lui-même ; il a en revanche un bilan, un camp et une fin de mandat à préserver de la rue. Ses successeurs potentiels, eux, ont une élection à gagner, et la journée a montré que, dans leurs camps, aucun de ceux qui se sont exprimés sur le pouvoir d’achat n’a pris le risque de défendre la rigueur budgétaire.

Dans les démocraties avancées, les chocs énergétiques ont toujours posé la même question, de 1973 à 2022 : qui paie ? Expliquer le monde aux citoyens est nécessaire. Mais la pédagogie de la tempête n’a jamais remplacé une politique. La peur fonctionne quand les gens perçoivent une menace extérieure et un État qui les protège. Elle se retourne contre ceux qui la manient dès que la menace paraît lointaine et l’État impuissant. Le président a promis de revenir devant les Français à l’issue de ses déplacements, et devant la presse sans doute dès la fin de la semaine prochaine, bien avant le 17 octobre. Ce vendredi, l’Élysée a obtenu l’union sur la menace. Il ne l’a pas obtenue sur la facture. En reconnaissant qu’il ne détient pas la clé d’Ormuz, Emmanuel Macron a dit la vérité. Il lui reste à démontrer que l’État détient encore celle des fins de mois.

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