Depuis le 28 février 2026, Paris se vide d’une clientèle que personne ne voit partir parce qu’elle n’est jamais arrivée. Les touristes asiatiques ont disparu des quartiers touristiques de la capitale. Juste une absence. Et derrière cette absence de mars, une question qui commence à tenir éveillés les professionnels du secteur : à quoi ressemblera l’été ?
Lundi 9 mars, dix heures du matin. Sous les arcades de la rue de Rivoli, dans le 1er arrondissement de Paris, il n’y a presque personne. Un vendeur de souvenirs réorganise pour la troisième fois le même présentoir de porte-clés. Sa voisine, derrière la vitre d’une boutique de parfums détaxés, regarde son téléphone. Deux touristes européens passent sans s’arrêter. Ailleurs, dans ce Paris de mars qui retrouve d’habitude sa vitalité avec les premières chaleurs et les premiers groupes de visiteurs long-courriers, les terrasses du Marais sont à moitié vides. Devant le Louvre, les files d’attente — ces files que les Parisiens maudissent en été — sont courtes, presque déconcertantes de fluidité.
Ce n’est pas un jour férié. Ce n’est pas un lundi pluvieux de janvier. C’est la nouvelle réalité d’une ville dont l’économie touristique repose, pour une part considérable, sur des passagers qui transitaient par Dubaï, Doha ou Abou Dhabi avant de rejoindre Paris-CDG. Ces passagers n’existent plus, depuis quinze jours. Pas parce que Paris leur fait peur. Parce qu’ils ne peuvent plus venir.
Le tuyau coupé
Pour comprendre ce qui se joue dans ces rues silencieuses, il faut regarder une carte. Pas une carte de la guerre — celle de l’Iran criblée de symboles militaires que les chaînes d’information en continu ressassent depuis le 28 février. Une carte du trafic aérien mondial. Celle que publie FlightRadar24 en temps réel, et sur laquelle, depuis les premières frappes américano-israéliennes, un vaste vide est apparu au-dessus du Golfe : l’espace aérien de l’Iran, de l’Irak, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn et d’Israël fermé aux vols civils, les Émirats arabes unis appliquant une fermeture « temporaire et partielle » de leur ciel.
Ce vide n’est pas qu’une image. C’est un mécanisme. Environ un voyageur sur trois transitait par cette région pour rejoindre l’Europe depuis l’Asie. Les trois grandes compagnies du Golfe — Emirates, Qatar Airways, Etihad — avaient transformé le désert en plaque tournante mondiale grâce à des tarifs compétitifs et des fréquences inégalées, acheminant quelque 90 000 passagers en correspondance via leurs hubs chaque jour. Dans les premiers jours suivant le 28 février, plus de 12 300 vols ont été annulés à travers sept grands aéroports de la région, affectant plus de 1,5 million de passagers, selon les données Cirium.
Emirates assurait, avant les frappes, trois vols quotidiens en A380 depuis Paris-CDG, un vol quotidien depuis Nice et cinq vols hebdomadaires depuis Lyon — soit une trentaine de fréquences hebdomadaires au départ de France. Ces liaisons transportaient, dans les deux sens, des touristes asiatiques à destination de Paris et des voyageurs français vers l’Asie ou l’océan Indien. En quinze jours, tous ces flux se sont taris. Les billets Bangkok-Paris habituellement vendus autour de 500 euros se négocient désormais jusqu’à 5 000 euros sur les routes alternatives — via Helsinki, Johannesburg ou Los Angeles. À ce tarif, on n’improvise plus un voyage à Paris.
Ce que les chiffres ne disent pas encore tout à fait
À Paris, les premières données sectorielles sont tombées début mars. Le 6 mars, la société d’analyse hôtelière MKG publiait ses premiers relevés : à Paris, la fréquentation du haut de gamme avait reculé d’environ 10 points et pouvait atteindre moins 20 % sur la semaine — et cela malgré la Fashion Week, événement qui remplit ordinairement les palaces et les hôtels particuliers du Triangle d’or.
Ces chiffres ne surprennent pas ceux qui regardent de près la composition de la clientèle parisienne. Selon une étude publiée en octobre 2025 par la CCI Paris Île-de-France et Choose Paris Region, plus de 5,6 millions de touristes internationaux à « haute contribution » ont visité Paris Île-de-France en 2024, générant 6,9 milliards d’euros de dépenses, soit 46 % de la consommation touristique étrangère dans la région. Trois nationalités dominent ce segment et concentrent l’essentiel de l’enjeu.
La clientèle chinoise à fort pouvoir d’achat se compose de 299 000 visiteurs en 2024, représentant 7 % du total des dépenses à haute contribution, soit 447 millions d’euros, avec un panier moyen de 1 495 euros par séjour et par personne. Les touristes en provenance des pays du Golfe — Émirats arabes unis et Arabie saoudite en tête — affichent quant à eux le niveau de dépense le plus élevé de toutes les nationalités, à 1 592 euros par séjour et par personne, largement tiré par l’hôtellerie de luxe, le Triangle d’Or et la haute gastronomie. Pour donner la mesure de l’écart, le séjour moyen d’un touriste français en Île-de-France s’élève à 326 euros — soit moins d’un quart du panier d’un visiteur chinois ou du Golfe.
Ce sont précisément ces profils — long-courriers, à fort pouvoir d’achat, quasi exclusivement routés via les hubs du Golfe — qui ont cessé d’arriver depuis le 28 février. Au premier semestre 2025, les dépenses des touristes chinois en France enregistraient une progression significative par rapport à 2023, portée par une diversification notable vers la gastronomie, les expériences culturelles et l’hôtellerie haut de gamme. Cette trajectoire ascendante s’est interrompue net.
Les signaux d’alerte sur le printemps étaient d’ailleurs perceptibles avant même le début du conflit. Le dernier baromètre de l’Office de tourisme Paris je t’aime révélait déjà un léger retard des réservations hôtelières pour mars et avril 2026, compensé par la clientèle d’affaires et le haut de gamme. La guerre l’a converti en effondrement.
Ce que les commerçants voient, au ras du trottoir
Les chiffres des cabinets d’analyse ont l’élégance froide des moyennes. La réalité, elle, se lit autrement — dans les caisses enregistreuses, les carnets de réservation et les présentoirs qui ne tournent plus.
Rue du Chevalier-de-la-Barre, à deux pas du Sacré-Cœur, les boutiques de souvenirs tournent au ralenti depuis la fin février. Sur cette artère qui, en haute saison, voit défiler des cohortes de touristes venus d’Asie — Japonais amateurs de miniatures de la Tour Eiffel, Coréens en quête de macarons en porcelaine, Chinois chargeant leurs valises de bérets et de répliques dorées —, les présentoirs pivotants ne tournent plus que sous l’effet du vent. Rachid, gérant installé depuis une dizaine d’années dans le quartier, décrit une semaine de mars qui ressemble à un mois de janvier. « En mars, d’habitude, je commence à revoir les groupes japonais et coréens. Là, depuis fin février, ils ont disparu. On fait peut-être 40 % de chiffre d’affaires en moins sur certaines journées. » Selon lui, la clientèle asiatique représente près de la moitié de ses ventes au printemps. « Les Asiatiques achètent beaucoup, et surtout en volume. Quand ils viennent, ils prennent cinq, dix souvenirs d’un coup. Sans eux, le magasin tourne, mais au ralenti. » La situation lui rappelle les premières semaines du Covid. « La différence, c’est que les gens sont là, mais ce ne sont plus les touristes à fort pouvoir d’achat dont vit ce type de commerce. Pour l’été, j’espère que ça reviendra, sinon ça va être compliqué. »
Sur le parvis de Notre-Dame, dont la cathédrale reconstituée attire depuis 2025 une nouvelle vague de visiteurs internationaux, les vendeurs de souvenirs avaient anticipé un printemps record. Marie, gérante d’une boutique à quelques mètres de la cathédrale depuis plusieurs années, avait fait le plein de marchandises. « On avait anticipé une grosse saison, surtout avec la réouverture complète autour de la cathédrale. J’ai commandé presque 30 % de stock en plus pour mars-avril. » Depuis la fin février, la fréquentation a brutalement changé. « Les groupes asiatiques qui venaient avec les guides ne sont plus là. Avant, j’en voyais passer plusieurs par jour. Maintenant, parfois aucun de la journée. » La baisse est visible directement en caisse. « La fréquentation a baissé d’environ un tiers par rapport à l’année dernière à la même période. Et surtout, ce sont les achats impulsifs des groupes qui disparaissent. » Elle s’inquiète aussi pour la suite. « J’avais prévu deux saisonniers pour avril. Pour l’instant, j’attends de voir. Je ne peux pas embaucher si les groupes ne reviennent pas. »
Air France prise en étau
Au terminal 2 de Charles-de-Gaulle, les comptoirs d’enregistrement des compagnies du Golfe sont au ralenti. Air France, elle, continue d’opérer. Mais la compagnie nationale se retrouve dans une position inconfortable : perdre sur les deux tableaux simultanément.
D’un côté, les touristes asiatiques qui auraient transité par Dubaï ou Doha pour rejoindre Paris ne se reportent pas sur ses vols directs — devenus inabordables pour la plupart. De l’autre, de grandes destinations très prisées des Français, comme les Seychelles et les Maldives, ne sont plus accessibles, non desservies par Air France et dépendantes des hubs du Golfe, réduisant mécaniquement le trafic sortant. Le PDG de Transavia — filiale low-cost d’Air France-KLM — Olivier Mazzucchelli, a reconnu que la guerre au Moyen-Orient « a beaucoup impacté » l’activité de sa compagnie, qui desservait notamment Israël, le Liban, ainsi que Djeddah et Médine en Arabie saoudite. Les pertes se comptent désormais dans les deux sens du trafic.
Les agences de voyage en première ligne
Dans le réseau Selectour — quelque 1 000 agences, qui représentent selon les données sectorielles disponibles environ la moitié du marché français du voyage organisé — les téléphones sonnaient pour des annulations. Le 10 mars sur franceinfo, Laurent Abitbol, président du directoire du réseau, confirmait entre 15 et 20 % d’annulations depuis le début du conflit. Il précisait : 9 700 clients avaient été bloqués à l’étranger, principalement en Thaïlande, au Vietnam, à Hong Kong ou au Japon. Des vols spéciaux avaient été affrétés pour les rapatrier. Il en restait une trentaine coincés.
Abitbol gardait pourtant une forme de prudence calculée. « Si la guerre s’arrête demain, dans un mois tout est oublié. Le seul souci, c’est que les longs courriers transitent par le Moyen-Orient, donc oui, il y a une baisse dans ces types de vol. Mais c’est un problème plus technique que politique », affirmait-il. Et d’ajouter : « Il faut relativiser — il n’y a qu’une baisse de 20 % sur le tourisme vacances, la Covid c’était 100 %. » La formule est celle d’un professionnel qui a traversé des crises. Elle est aussi celle d’un homme qui parle de mars. Juillet est une autre affaire.
Leslie Rival, secrétaire générale d’Alliance France Tourisme, confirmait le diagnostic depuis Paris : « La semaine dernière, le tourisme à Paris, l’hôtellerie, l’hébergement, c’était moins 10 % dans l’ensemble parce qu’il n’y avait pas de voyageurs. » Sur les réservations, elle notait des baisses d’environ 15 % vers l’Égypte, la Turquie et la Jordanie, avant d’ajouter : « Sauf que ce n’est pas parce qu’on ne réserve pas aujourd’hui qu’on ne va pas réserver la semaine prochaine si la situation s’apaise. » La nuance est réelle. Mais elle concerne la clientèle européenne qui hésite entre destinations. Elle ne dit rien du touriste de Shanghai ou de Tokyo dont le vol n’existe plus.
Ce que les restaurateurs comptent, table par table
Boulevard Saint-Michel, dans ce quartier où les restaurateurs eux-mêmes reconnaissent dépendre très largement du tourisme international, les additions s’allègent depuis quinze jours. Marco, restaurateur installé boulevard Saint-Michel depuis plus de dix ans, constate un changement net dans sa salle. « L’an dernier à la même période, on faisait 150 à 170 couverts par jour. Là, on est plutôt autour de 110 ou 120. » La différence vient principalement de la disparition d’une clientèle. « Les touristes asiatiques représentent presque un tiers de nos clients au printemps. Ce sont souvent des groupes ou des couples qui font un repas complet. Depuis deux semaines, on ne les voit presque plus. » Les Européens ne compensent pas. « Les Espagnols ou les Italiens viennent le week-end, mais en semaine, ce sont surtout les groupes asiatiques qui remplissaient la salle. » Pour l’instant, il n’a pas modifié son organisation. « On garde les mêmes horaires, mais si ça continue, on va peut-être réduire un service dans la semaine. »
Rue de la Huchette, l’une des artères les plus touristiques de Paris, l’inquiétude prend une coloration différente — celle de l’anticipation déjouée. Samir, restaurateur spécialisé dans l’accueil de groupes, voit les annulations se multiplier. « Depuis le 28 février, j’ai eu sept groupes annulés. Des groupes chinois et japonais qui avaient réservé pour mars et avril. » Ces groupes représentent habituellement une part importante de son activité. « Quand un car arrive, c’est 30 à 40 couverts d’un coup. Sur un mois, ça peut faire plusieurs milliers d’euros de chiffre d’affaires. » Pour préparer la saison, il avait anticipé. « J’avais recruté trois serveurs supplémentaires pour avril-mai. Pour l’instant, je ne sais pas si je vais pouvoir les garder. » Si la situation se prolonge, il envisage des mesures. « Si ça dure jusqu’en juillet, il faudra réduire l’équipe et les horaires. Les charges, elles, continuent de tomber. »
Ces quatre voix — deux commerçants, deux restaurateurs, dans des quartiers différents, avec des profils d’activité différents — convergent vers le même constat : l’absence asiatique n’est pas une statistique abstraite. C’est un manque à gagner quotidien, immédiat, qui se lit dans les caisses et les plannings. Et qui, si rien ne change d’ici mai, se transformera en crise de trésorerie.
Mai, juin, juillet, août, septembre : le compte à rebours de la haute saison
C’est ici que la vraie angoisse commence. Pas dans les chiffres de mars, qui sont mauvais mais contenus. Dans ceux que personne n’a encore publiés — parce qu’ils ne sont pas encore écrits. Les groupes de touristes asiatiques qui font vivre les hôtels et les commerces parisiens en haute saison ne s’inventent pas en quinze jours. Ils se réservent, se programment, se négocient entre agences réceptives et voyagistes asiatiques, des mois à l’avance. La fenêtre de réservation pour l’été — mai, juin, juillet, août, septembre — est en train de se fermer maintenant, en mars, dans les bureaux de Tokyo, Shanghai, Séoul et Singapour.
La dynamique était pourtant exceptionnelle. Selon les données du groupe Trip.com publiées en février 2026, les réservations au départ de la France vers l’Asie avaient bondi de 180 % pour la période du Nouvel An lunaire par rapport à l’année précédente — le taux de croissance le plus élevé enregistré sur le continent européen. Ce même flux, en sens inverse, alimentait Paris en touristes asiatiques dépensiers. La guerre l’a interrompu net, au moment précis où les deux sens de circulation étaient à leur apogée.
Le Printemps Asiatique, festival d’art qui réunit chaque année les plus grandes galeries internationales spécialisées dans l’art asiatique, avait prévu sa 9e édition début juin 2026 à Paris. Une semaine qui attire des collectionneurs et amateurs venus d’Asie, à fort pouvoir d’achat, grands consommateurs d’hôtellerie de luxe. Si le conflit n’est pas résolu d’ici là, les galeries pourraient se trouver bien vides.
Plus largement, c’est toute la mécanique de la haute saison touristique parisienne qui est menacée. Le mois de mai, avec ses ponts et ses premiers groupes de touristes long-courriers, génère traditionnellement les premiers pics de fréquentation de l’année. Juin et juillet constituent le cœur battant du tourisme asiatique à Paris — des familles qui combinent la visite de la capitale avec un circuit européen, des groupes d’étudiants, des voyageurs individuels aisés qui s’offrent les grandes maisons de luxe. Août et septembre voient arriver les touristes australiens et néo-zélandais, dont les routes vers Paris passaient quasi systématiquement par les hubs du Golfe.
Il y a un calendrier implacable dans tout cela, que les professionnels connaissent par cœur et qu’ils n’osent pas encore formuler publiquement. Pour qu’un groupe de touristes chinois soit présent à Paris en juillet, il faut que son voyagiste l’ait réservé en mars ou avril au plus tard. Pour qu’un hôtelier parisien remplisse ses chambres en août, il faut que les systèmes de réservation globaux affichent des routes aériennes stables vers CDG — avec des prix normaux, pas des tarifs multipliés par dix. Tourism Economics, filiale spécialisée d’Oxford Economics, estimait dans un rapport publié début mars que les arrivées de visiteurs au Moyen-Orient pourraient reculer de 11 % à 27 % en 2026, avec, selon le rapport, des « effets persistants sur l’image de la région au-delà de la période immédiate du conflit ». Cet effet de traîne menace Paris avec la même logique : un touriste asiatique qui ne vient pas en juin ne revient pas en août. Il reporte à 2027.
Les analystes du secteur hôtelier esquissent deux scénarios : si les hubs du Golfe rouvrent progressivement d’ici l’été, Paris récupère sans trop de dégâts durables. Si le conflit se prolonge, la France devient paradoxalement bénéficiaire d’un report de clientèle européenne fuyant le Moyen-Orient — mais dans un contexte de volatilité et de pression sur les marges qui fragilise en priorité les indépendants. Ce sont précisément ces commerces-là — les boutiques de souvenirs de Montmartre et du parvis de Notre-Dame, les brasseries et restaurants de groupe de Saint-Michel — qui incarnent la fragilité structurelle de ce tourisme de quartier. Ceux qui n’ont pas les reins assez solides pour absorber cinq mois de haute saison amputée.
Le paradoxe français
Il y a quelque chose d’inconfortable, pour les professionnels du tourisme parisien, dans la nature même de cette crise. La France venait d’atteindre le record de 102 millions de visiteurs étrangers en 2025, restant le pays le plus visité au monde selon le ministère du Tourisme. Le secteur sortait d’une séquence exceptionnelle — JO de Paris 2024, retour massif des clientèles post-Covid, progression continue des marchés asiatiques. Tout allait dans le bon sens.
Ce que la guerre en Iran révèle, c’est que ce modèle reposait sur une infrastructure que personne, ici, ne contrôle. L’ACI, l’organisme mondial des aéroports, prévoyait avant le conflit qu’en 2040 plus d’un passager sur deux dans le monde transitera par un aéroport d’Asie ou du Moyen-Orient. Ce basculement vers l’Est de la géographie aérienne mondiale, que les experts décrivaient comme une tendance de fond irrésistible, vient d’en démontrer la fragilité en quarante-huit heures. Quand le centre s’éteint, les deux extrémités — l’Asie d’un côté, Paris de l’autre — se retrouvent soudainement déconnectées.
Ce matin-là, sous les arcades de la rue de Rivoli, le vendeur de porte-clés attendait. Il avait traversé le Covid. Il savait ce que signifie l’absence prolongée des touristes étrangers. Le WTTC, qui représente les acteurs privés du secteur, se veut rassurant : les crises sécuritaires sont souvent celles dont le tourisme se remet le plus vite, parfois en deux mois à peine. Sous les arcades, deux mois, c’est long. Et mai arrive dans six semaines.