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Agpalilik, le fer tombé du ciel reprend le chemin du Groenland

La météorite Agpalilik, dont le bloc principal de seize tonnes trône depuis près de soixante ans dans une cour de Copenhague, va retourner au Groenland. Début septembre, le Danemark et le Groenland ont scellé un accord politique pour ce retour. Derrière l’objet scientifique, une histoire d’outils, de rites et d’appropriation, qui mène jusqu’à New York, où repose le plus gros morceau de la même pluie de fer.

Une pierre qu’on touche

Une masse couleur rouille. Des creux, des arêtes, des cicatrices. Un rocher parmi d’autres, croirait-on, dans la cour d’un musée de Copenhague. On peut le toucher. Ce rocher n’est pourtant ni de Copenhague ni même de la Terre.

Agpalilik est du fer venu de l’espace. Elle appartient à la famille de la météorite du cap York, tombée dans le nord-ouest du Groenland il y a une dizaine de millénaires. Le gouvernement groenlandais a annoncé que la procédure de restitution était engagée entre les musées des deux pays. La pierre rentrera. On ne sait pas encore quand.

Le fer des Inughuit

Dans le nord-ouest du Groenland, le métal ne se trouvait guère. Il tombait. Depuis plus de mille ans, les Inuits ont prélevé le métal de ces blocs de fer pour en tirer des lames, des harpons, des outils de chasse. Une mine venue d’en haut, sur une terre sans mines.

La pierre servait aussi à autre chose qu’à la chasse. Selon l’élue groenlandaise Aki-Matilda Høegh-Dam, interrogée par le quotidien Berlingske, des représentants de villes et de villages du nord du pays lui ont rapporté qu’elle était autrefois au cœur d’un rite marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte. Le témoignage n’a pas pu être confirmé. Mais l’usage du fer, lui, est attesté depuis plus de mille ans : ici, un objet de science est aussi un objet de mémoire.

Pour la science occidentale, la découverte date de 1963. Le chercheur danois Vagn Buchwald l’a mise au jour cet été-là sur la péninsule d’Agpalilik, à une quinzaine de kilomètres au nord du village de Savissivik, dans la baie de Melville. Il lui a donné le nom du lieu, qui signifie, selon la radio publique danoise DR, « le rocher où vivent les mergules nains ».

Il faudra plusieurs années pour l’acheminer jusqu’à Copenhague. On la découpe alors, rapporte la chaîne danoise TV 2, en dix-sept morceaux pour l’étudier. Le plus gros, seize tonnes, est resté dans la cour de l’ancien Musée géologique, aujourd’hui rattaché au muséum d’histoire naturelle.

Une vieille demande, un accord neuf

Ancienne, la revendication a été relancée récemment. Sous la législature précédente, le gouvernement groenlandais avait déjà demandé le retour de la météorite. Au printemps, Aki-Matilda Høegh-Dam, élue du parti Naleraq au Parlement groenlandais, l’a réclamée dans ce même quotidien. Son frère Qarsoq Høegh-Dam, élu au Parlement danois en mars, a pris le relais. Interrogé par la radio publique DR, le musée a répondu qu’aucune demande officielle ne lui avait été adressée et qu’il ne pouvait se prononcer sur des souhaits individuels. Entre-temps, le nouveau gouvernement danois avait inscrit dans son programme le retour d’objets d’origine groenlandaise. Début juin, le Parlement groenlandais, l’Inatsisartut, a soutenu à l’unanimité une proposition en ce sens.

L’accord a été conclu lors d’une rencontre entre Nivi Olsen, ministre groenlandaise de l’Éducation, de la Culture, des Sports et de l’Église, et Christina Egelund, ministre danoise de la Recherche, de l’Éducation et du Numérique. « Agpalilik a sa place au Groenland », a déclaré Nivi Olsen dans le communiqué publié le 7 septembre 2026 par le gouvernement groenlandais. Dans le même communiqué, Christina Egelund a qualifié de « tout à fait légitime et raisonnable » le souhait des Groenlandais de pouvoir voir la météorite dans leur propre pays.

Copenhague possède d’ailleurs un autre fragment. Selon un article publié par l’université de Washington, l’explorateur Knud Rasmussen y a transporté en 1925 celui baptisé Savik I. Il n’a pas été possible d’établir si l’accord de septembre le concerne.

Le geste ne vient pas seul. En 2020, Copenhague a présenté des excuses officielles aux vingt-deux enfants groenlandais envoyés au Danemark en 1951 dans le cadre d’une expérience d’assimilation. En 2025, il s’est excusé auprès des Groenlandaises à qui l’on avait posé un stérilet sans leur consentement.

Le moment n’est pas indifférent. L’accord a été annoncé le 7 septembre, le jour même où Ursula von der Leyen, Mette Frederiksen et le chef du gouvernement groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, signaient à Nuuk une déclaration commune, alors que Washington ne cache pas ses vues sur l’île. Rendre, désormais, c’est aussi faire de la politique.

Ce que New York garde

Agpalilik n’est qu’une part de l’histoire. Les autres morceaux ont pris la mer bien avant, vers l’ouest. En 1895, l’explorateur américain Robert Peary a rapporté à New York deux fragments du cap York, surnommés « la Femme » et « le Chien ». Deux ans plus tard, muni de vérins géants et de rails, il est revenu chercher le plus lourd, Ahnighito, débarqué au chantier naval de Brooklyn à l’automne 1897. Les trois pièces sont aujourd’hui exposées à l’American Museum of Natural History, qui les aurait achetées à Peary pour 40 000 dollars, selon le magazine Fortune, qui faisait remonter à Peary, dès janvier, plus d’un siècle de pillage américain du Groenland.

Peary n’a pas rapporté que du fer. En septembre 1897, six Inughuit sont arrivés avec la météorite et sont rapidement devenus, comme elle, des objets d’étude. Quatre d’entre eux sont morts de maladie dans les mois suivants. Pour Minik, le fils de l’un d’eux, le musée a mis en scène de fausses funérailles, a établi l’historien Kenn Harper, tandis que le squelette de son père rejoignait les collections.

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