La tomate à 4,99 €,ou comment une guerre lointaine arrive dans votre assiette

À Colombes comme dans des dizaines de marchés franciliens, un légume ordinaire révèle une mécanique inflationniste que le conflit au Moyen-Orient est en train de relancer. Entre l'étal du primeur et les cotations mondiales du pétrole, il n'y a désormais que quelques semaines de décalage. Comprendre ce lien, c'est voir fonctionner, en temps réel, une économie mondialisée dont la tomate du marché est devenue l'un des révélateurs les plus inattendus.

La tomate, un produit énergétique déguisé en légume


La tomate de mars n'est pas un légume comme les autres. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder comment elle est produite. En France, entre 85 et 90 % de la production de tomates est cultivée hors-sol dans des serres, dont la grande majorité est chauffée au gaz naturel. En moyenne, une serre consomme 300 kWh par mètre carré par an, et l'énergie représentait déjà, dans des conditions normales, environ un tiers des charges totales des producteurs serristes.

C'est, pour une large part, un produit énergétique déguisé en légume. Depuis quinze ans, des progrès ont été réalisés — la consommation d'énergie pour produire un kilo de tomate est passée de 8 kWh à 5,7 kWh — mais la dépendance au gaz naturel reste massive et structurelle. Quand le gaz flambe, le prix de la tomate suit — par anticipation d'abord, par répercussion réelle ensuite.

ANATOMIE D'UNE SERRE CHAUFFÉE AU GAZ · Source : CTIFL 2022 GAZ NATUREL Brûlé en continu plusieurs mois ~65 €/MWh mars 2026 CHAUDIÈRE ou cogénération 87–94 % rendement énergétique chaleur + électricité SERRE maintenue à min. 16–17 °C 300 kWh/m²/an 5,7 kWh par kilo produit plantation nov.–déc. · récolte mars TOMATE HORS-SOL 8 tomates sur 10 en France 4,99 €/kg grande surface · 27 mars 2026 vs 4,10 € au carreau Rungis

Encadré 1 · Pédagogie

La tomate sous serre, c'est quoi exactement ?

En France, huit tomates sur dix sont produites sous serre chauffée, principalement dans le Nord-Ouest, le Sud-Est et le Sud-Ouest. Ces serres sont plantées en novembre-décembre et produisent leurs premiers fruits dès mars. Pour maintenir une température minimale de 16 à 17 °C — en dessous de 12 °C, la plante souffre — les producteurs brûlent du gaz en continu pendant plusieurs mois.

Certains se sont équipés de systèmes de cogénération qui produisent simultanément de la chaleur et de l'électricité, atteignant des rendements énergétiques de 87 à 94 %. D'autres utilisent encore des chaudières à gaz classiques, bien plus exposées aux fluctuations du marché énergétique. C'est précisément cette deuxième catégorie qui souffre le plus quand le gaz s'emballe.

Du détroit d'Ormuz à l'étal : le schéma de transmission


Mais pourquoi un conflit à 5 000 kilomètres affecte-t-il le prix du gaz en France ? La réponse tient à la géographie des échanges mondiaux d'hydrocarbures — et à un bras de mer de 55 kilomètres de large.

Le mécanisme est celui de tout marché mondial intégré : le prix du pétrole ne se fixe pas selon les besoins de chaque pays, mais selon l'offre et la demande globales. Quand le détroit d'Ormuz se ferme, c'est l'ensemble des acheteurs — y compris ceux qui n'importent pas un baril du Golfe — qui paient la prime de risque. En dix jours à peine, entre le 27 février et le 9 mars 2026, cette prime a représenté environ 23 dollars par baril : le Brent est passé de 71 à 94 dollars sans que les fondamentaux physiques de l'offre aient encore changé — c'est la peur, pas la pénurie, qui a fixé le prix. À quoi s'ajoute une « prime de guerre » maritime de 5 à 15 dollars supplémentaires sur les coûts d'assurance des pétroliers, selon la banque Mizuho.

Pour la France, cette prime se répercute d'abord sur le gaz naturel — et plus directement encore sur le GNL qatari, dont 12 à 14 % des importations européennes transitent par Ormuz. Le TTF, référence européenne du gaz, a bondi de 35 % en une seule séance le 19 mars après les frappes sur Ras Laffan, le plus grand site de production de GNL au monde. À 65 €/MWh — contre 20 € dans des conditions normales —, l'énergie ne représente plus un tiers des charges d'un serriste sans cogénération : elle en représente les deux tiers. Et c'est ce gaz qui chauffera les serres bretonnes, nantaises et provençales où seront plantées, dès novembre 2026, les tomates du printemps suivant.

LA CHAÎNE DE TRANSMISSION — D'ORMUZ À VOTRE ÉTAL CONFLIT 28 fév. 2026 Ormuz bloqué 55 km de couloir fermé 20 M barils/jour PÉTROLE 71 → 120 $/baril +30 % en 48 h · prime +23 $ GAZ (TTF) 65 €/MWh +90 % +35 % le 19 mars ANTICIPATION Rungis · contrats à terme 4,10 €/kg carreau grossiste VOTRE ÉTAL grande surface 4,99 € le kilo · 27 mars 2026 +22 % vs Rungis

Sources : EIA · Banque de France · Mizuho · FranceAgriMer/RNM · 27 mars 2026

Encadré 2 · Géopolitique

Le détroit d'Ormuz : 55 kilomètres qui font trembler les marchés mondiaux

Entre la péninsule d'Oman et l'Iran, il n'y a que 55 kilomètres d'eau. Mais par ce couloir stratégique transitaient, en temps normal, environ 20 % du pétrole brut et du GNL échangés dans le monde, soit en moyenne 20 millions de barils par jour. Depuis le 28 février 2026, ce passage est bloqué. L'Agence internationale de l'énergie a qualifié cet événement de « plus importante perturbation de l'approvisionnement mondial en pétrole de l'histoire ».

Pour la France, l'exposition directe est limitée : selon la Banque de France, en 1973, 70 % du pétrole importé venait du Moyen-Orient, contre 10 à 17 % aujourd'hui. Mais les marchés financiers ne raisonnent pas en fonction de la dépendance directe. Ils fixent un prix mondial unique, et tout le monde le paie. Le baril de Brent a ainsi frôlé les 120 dollars dans la nuit du 1er au 2 mars, avant de se stabiliser autour de 100 dollars.

Près d'un tiers des exportations mondiales d'engrais azotés — urée et ammoniac en tête — transitent également par le détroit d'Ormuz, ce qui explique la hausse de 15 % du prix des engrais constatée dès la première semaine du conflit. La chaîne de transmission vers l'agriculture française est donc double : énergie d'abord, intrants ensuite.

Encadré 2b · Données

D'où vient l'énergie que consomme la France ? Le paradoxe de la dépendance indirecte

Pétrole brut — fournisseurs 2024

🇺🇸 États-Unis
23 %
🌍 Afrique subsaharienne
21 %
🌍 Afrique du Nord
17 %
🇰🇿 Kazakhstan
10 %
🛢️ Moyen-Orient ⚠️
~10–17 %
🇷🇺 Russie
~0 %

Source : SDES — Chiffres clés de l'énergie 2025 (données 2024). La Russie fournissait encore 5,2 % en 2022.

Gaz naturel — fournisseurs 2024

🇳🇴 Norvège
40 %
🇺🇸 États-Unis (GNL)
21 %
🇩🇿 Algérie
~12 %
🇶🇦 Qatar (GNL) ⚠️
~9 %
🇳🇬 Nigéria (GNL)
~5 %

⚠️ Le GNL qatari transite intégralement par le détroit d'Ormuz. Source : Ministère de la Transition écologique — Chiffres clés de l'énergie 2025.

Le paradoxe de la dépendance indirecte

La France tire 61 % de son gaz de Norvège et des États-Unis — deux pays sans lien avec Ormuz. Mais le TTF flambe quand même : les acheteurs asiatiques privés de GNL qatari se retournent vers le marché spot européen, faisant monter les prix pour tout le monde.

Et 9 % du gaz français vient directement du Qatar, dont les exportations transitent intégralement par Ormuz. La diversification post-Ukraine a réduit la Russie à 0 % — mais elle a reconstitué une dépendance sur le Qatar, dont la route d'export passe précisément par le point de blocage.

Ce que les chiffres disent — et ce qu'ils cachent


Ce vendredi 27 mars, la tomate ronde s'affiche à 4,99 € le kilo dans les grandes enseignes du pays. Dans les magasins de proximité — dont les coûts de structure sont structurellement plus élevés — le prix peut atteindre jusqu'à 5.95 € le kilo. Sur les étals des marchés forains, quelques dizaines de centimes de moins. À Rungis, le carreau des primeurs affichait 4,10 € ce même matin : l'écart entre le prix grossiste et le prix consommateur révèle la réalité des marges de distribution, bien réelles et bien inégales selon les circuits.

Circuit de distribution Prix au kg Écart
Rungis — carreau primeurs (grossiste) 4,10 € référence
Marché forain 4,60 – 4,90 € + 12 à 19 %
Grande surface / discount 4,99 € + 22 %
Commerce de proximité jusqu'à 5,95 € + 46 %

Source : FranceAgriMer/RNM · Relevés terrain YKMinfo · 27 mars 2026

Selon les données définitives de l'INSEE pour février 2026, les prix des légumes frais à fruits ont bondi de 19,8 % sur un an, après déjà 16,4 % en janvier. Et selon les relevés d'UFC-Que Choisir, l'inflation alimentaire pour mars 2026 s'annonce à +2,3 %, un niveau non observé depuis janvier 2025 — la flambée des hydrocarbures liée au conflit ayant provoqué une hausse du fioul de +44 % par rapport à mars 2025.

Inflation par catégorie — sur un an · INSEE fév. 2026 · UFC-Que Choisir mars 2026

Gaz naturel Europe
+ 90 %
Carburants (mars 2026)
+ 44 %
Légumes frais à fruits
+ 19,8 %
Alimentation (moyenne)
+ 2,0 %
Services
+ 1,6 %
Inflation générale
+ 0,9 %

Encadré 3 · Méthode

Comment l'INSEE mesure-t-il l'inflation ?

L'INSEE calcule chaque mois l'indice des prix à la consommation (IPC) à partir d'un panier de près de 1 700 variétés de produits représentatifs des achats des ménages français. Quand l'INSEE annonce +0,9 % d'inflation, cela signifie que ce panier coûte 0,9 % de plus qu'un an auparavant, en moyenne. Cette moyenne est précisément ce qu'il faut interroger.

Pour les ménages qui consacrent une part importante de leur budget à l'alimentation et au carburant — souvent les plus modestes, mais aussi les foyers ruraux très dépendants de la voiture — l'inflation réellement ressentie est bien supérieure à l'indice général.

Vue de terrain : ce que disent ceux qui vendent et ceux qui achètent


C'est au marché des 4 Chemins à Colombes — l'un des quatre marchés forains de cette ville de plus de 91 000 habitants dans les Hauts-de-Seine — que le constat s'est imposé le plus clairement. Devant des tomates affichées à 4,99 € le kilo, les réactions des clients illustrent deux logiques de consommation qui coexistent désormais sur les étals de toute la France.

Certains continuent d'acheter, contraints.

« Franchement, 4,99 €, c'est cher… mais bon, on n'a pas trop le choix. À la maison, on en consomme tout le temps, pour toute la famille. La tomate, on en met partout : dans les salades, mais aussi dans tous les plats en sauce… c'est vraiment la base de nos repas. Du coup, on en prend quand même, mais à côté on va réduire sur d'autres produits pour compenser. »

L'arbitrage existe déjà : la tomate passe, quelque chose d'autre devra céder. D'autres renoncent.

« Là, à ce prix-là, non… je laisse tomber. C'est trop cher. Je vais attendre la semaine prochaine, on verra si ça baisse. En attendant, je prends autre chose, des produits moins chers. »

Ce comportement, marginal il y a deux ans, s'observe désormais régulièrement sur les marchés et en grande surface dès que le prix dépasse un seuil psychologique — qui varie selon les ménages, mais oscille autour de 4 à 5 € le kilo pour un légume du quotidien.

Le marchand de fruits et légumes, lui, n'est pas surpris : seulement la confirmation d'une mécanique bien connue.

« Nous aussi on subit les prix… À Rungis, on les a achetées 4,10 €, donc forcément derrière on est obligés de les vendre plus cher. On ne peut pas faire autrement. Et on le voit bien : les clients hésitent, ils prennent en petite quantité… et parfois même, ils renoncent complètement. »

— Marchand de fruits et légumes · Marché des 4 Chemins, Colombes · 27 mars 2026

À la même date, la tomate s'affichait à 4,99 € le kilo dans les grandes enseignes, et jusqu'à 5,95 € dans certaines enseignes de proximité — soit un écart de près de 50 % par rapport au prix grossiste de Rungis. Le consommateur qui fait ses courses en magasin de proximité dans un quartier dense paie aujourd'hui presque le double du prix auquel le produit a quitté le carreau.

Encadré 4 · Décryptage

Le décalage de répercussion : pourquoi les prix alimentaires n'ont-ils pas encore bougé en rayon ?

Les distributeurs signent des contrats d'achat à prix fixé plusieurs semaines à l'avance. Une hausse du gaz en mars ne se retrouve dans les prix de vente qu'en avril–mai. C'est le « décalage de répercussion » — un amortisseur temporaire, pas une protection durable.

28 février 2026

Conflit déclenché · Détroit d'Ormuz bloqué · trafic −97 %

2 mars 2026

Pétrole +30 % en 48 h · Brent frôle 120 $/baril · prime de risque +23 $

9 mars 2026

Gazole +25 ct/L · Gaz Europe (TTF) +90 % · 65 €/MWh

19 mars 2026

Frappes sur Ras Laffan · TTF +35 % en une séance · Engrais +15 %

27 mars 2026 — aujourd'hui

Tomate 4,99 €/kg en grande surface · Anticipation de marché, pas encore répercussion réelle

Avril – mai 2026 (attendu)

Répercussion effective dans les prix alimentaires en rayon

Nov.–déc. 2026 (hypothèse)

Si tensions persistantes : choc réel sur les coûts de production des serristes

Encadré 7 · Analyse

On paie la prochaine récolte, pas celle-ci

Une question mérite d'être posée : les tomates vendues le 27 mars 2026 ont-elles vraiment coûté plus cher à produire à cause de la guerre ? La réponse est non — pas encore. Dans les serres chauffées professionnelles, les plantations ont lieu en novembre-décembre pour des premières récoltes en mars-avril. Les tomates de ce vendredi ont été semées et chauffées avec du gaz acheté avant le 28 février, à des tarifs antérieurs à la flambée.

Ce qui a monté, c'est autre chose : le prix anticipé des prochaines tomates. Trois mécanismes s'enchaînent.

① Les marchés à terme (TTF). Dès le 28 février, les contrats TTF pour livraison en novembre-décembre 2026 ont flambé au même rythme que le prix spot. Les grossistes lisent ces courbes avant de fixer leurs prix.

② La renégociation précoce des contrats. Les producteurs, sachant que leur prochain cycle sera plus coûteux, négocient dès maintenant des tarifs plus élevés. Les acheteurs les intègrent plutôt que d'être pris en défaut à la livraison.

③ Un comportement de couverture rationnel. Vendre aujourd'hui à un prix qui ne couvrira pas les coûts de demain est une perte certaine. C'est une anticipation de marché, pas une répercussion directe des coûts de production.

Le mécanisme est clairement identifié : si les tensions militaires persistent, la hausse du prix du pétrole se transmet d'abord par les carburants, puis par les coûts de transport, puis par les charges de production des secteurs énergivores — dont l'agriculture sous serre. Les prix d'avril et de mai diront si le choc de mars était transitoire ou structurel.

« 2026 n'est pas 2022 » — mais jusqu'où la comparaison tient-elle ?


Face à l'inquiétude des consommateurs, des transporteurs et des agriculteurs, les autorités mettent en avant des différences structurelles avec la crise énergétique de 2022. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a répété depuis le début du conflit que « 2026 n'est pas 2022 », rappelant notamment que la France importe aujourd'hui une part minoritaire de son pétrole du Moyen-Orient — entre 10 et 17 % selon les sources —, contre 70 % en 1973.

« Si la dépendance directe est limitée,
la dépendance au prix mondial est totale. »

L'argument est solide, mais partiel. Car si la dépendance directe est limitée, la dépendance au prix mondial est totale. Ce qui distingue réellement 2026 de 2022, c'est que le choc actuel est davantage concentré sur l'énergie, là où l'épisode précédent avait touché bien plus largement les matières premières agricoles, les céréales et les chaînes d'approvisionnement mondiales.

Le gouvernement a annoncé des mesures d'urgence : un plan de soutien de 70 millions d'euros, dont 50 millions pour le transport routier, 14 millions pour l'agriculture et 5 millions pour la pêche. Parallèlement, sous l'impulsion de la France présidant le G7 Énergie, l'Agence internationale de l'énergie a autorisé la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques mondiales, dont 14,5 millions pour la France.

Projections Banque de France — Inflation et croissance PIB 2026

Scénarios : Base Défavorable Très défavorable
Indicateurs : Inflation (axe gauche) PIB (axe droit)

Scénario de base

Conflit court, pétrole se stabilise

Inflation 2026 1,7 %
Croissance PIB +0,9 %

Scénario défavorable

Conflit prolongé, pétrole haut

Inflation 2026 2,5 %
Croissance PIB +0,4 %

Très défavorable

Conflit long, infrastructures touchées

Inflation 2026 3,3 %
Croissance PIB négative

Source : Banque de France — Projections macroéconomiques intermédiaires, 25 mars 2026

Encadré 5 · Projections

Les scénarios de la Banque de France (mars 2026)

Dans le scénario de base, le panier alimentaire coûte environ 2 % de plus en fin d'année. Dans le pire scénario, l'effet conjugué d'une inflation à 3,3 % et d'une récession rognerait significativement le pouvoir d'achat — frappant en priorité les foyers les plus dépendants de la voiture et du chauffage.

Encadré 6 · Société

Qui est le plus touché ? L'inflation n'est pas neutre socialement

L'indice général de l'inflation est une moyenne calculée sur un panier moyen, pour un ménage moyen qui n'existe pas. Les foyers périurbains et ruraux, davantage dépendants de la voiture, ressentent plus immédiatement la hausse des prix à la pompe. Les aides à domicile, artisans, commerciaux et petites entreprises de transport sont structurellement plus vulnérables.

Il y a aussi une inégalité moins visible : le consommateur qui fait ses courses dans une supérette de proximité paie la tomate jusqu'à 5,95 € le kilo, quand celui qui se rend au marché forain la trouve à 4,60–4,90 €. L'accès au bon circuit de distribution est lui-même une forme de capital. Selon l'Observatoire des prix de Familles Rurales (juillet 2024), le prix des légumes aurait augmenté de plus de 67 % en France sur dix ans — bien au-delà de l'évolution du salaire moyen.

Ce qu'il faut retenir — et ce qu'on ne sait pas encore

À Colombes comme partout en France, la tomate à 4,99 € raconte une histoire plus grande qu'elle-même. Elle raconte la vulnérabilité structurelle d'un système alimentaire bâti sur l'énergie fossile, où la chaleur d'une serre bretonne dépend du cours du gaz à Rotterdam, lequel dépend de ce qui se passe dans un détroit entre l'Iran et Oman. Elle raconte les arbitrages contraints de celui qui continue d'acheter en réduisant ailleurs, et le renoncement de celui qui repart sans rien. Et derrière tout cela, une inégalité silencieuse : entre le client qui peut se rendre sur un marché forain et celui qui n'a pour seule option que la supérette du coin à 5,95 € le kilo.

Ce que les données de mars 2026 ne disent pas encore, c'est la durée. La Banque de France a rappelé que ses projections ont été finalisées dans un contexte particulièrement incertain, le scénario de base reposant sur l'hypothèse d'une résolution relativement rapide du conflit, que les marchés à terme ne semblent plus garantir. Si le blocage du détroit d'Ormuz se prolonge au-delà du printemps, le calme apparent des prix alimentaires de mars aura été trompeur.

Pour les maraîchers sous serre, la question se posera concrètement au moment de planter la prochaine saison, de négocier les contrats de fourniture en énergie, et de décider quelle surface il est encore rentable de chauffer. Pour les consommateurs, elle se posera à la caisse — quand les contrats de distribution arriveront à échéance et que le choc de février-mars se lira enfin dans les étiquettes.

La tomate, elle, continuera d'afficher son prix.

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